



À mon maître, à ma maîtresse, à Anne à Gilbert :
Le fardeau de ma maladie me pèse lourdement, et je sais ma fin prochaine. C'est pourquoi moi, Coca, dépose en secret dans l’âme de mes deux grands amis, mon maître et ma maîtresse, mon testament.
J'ai peu de biens matériels à léguer. Les chiens sont plus sages que les hommes. Ils n'attachent pas grand prix aux choses de la terre. Je n'ai aucun bien précieux à transmettre, si ce n'est mon affection et ma fidélité. Je les lègue à tous ceux qui m'ont aimé ; qui je le sais me regretteront le plus, à Anne et Gilbert qui ont été si bons pour moi. Peut être ai-je tort de m'enorgueillir, mais j'ai toujours été une chienne extrêmement affectueuse. Je demande à Anne et Gilbert de toujours se souvenir de moi, mais de ne pas me pleurer trop longtemps. Au cours de mon existence, j'ai essayé de les réconforter dans la peine et de leur apporter un surcroît de joie dans le bonheur. Il m'est pénible de penser que, même dans la mort, je pourrais leur causer du chagrin. Je les prie de ne pas oublier qu'à leur tendresse et à leur sollicitude je dois d'avoir été la plus heureuse des chiennes.
Je dois faire mes adieux avant de devenir un poids insupportable pour moi et pour ceux qui m'ont donné leur affection. Il me sera douloureux de les quitter, mais pas de mourir. Contrairement aux hommes les chiens ne redoutent pas la mort.
Que se passe t-il après ? Nul ne le sait. En tout cas je suis au moins sûre de trouver la paix et un long repos pour mon coeur las à cause de la maladie ainsi qu'un sommeil éternel dans cette terre que j'ai tant aimée. Il est un dernier voeu que je formule en toute sincérité. J'ai entendu ma maîtresse, dire: " Quand Coca mourra, nous n'aurons jamais plus de chien. Je l'aime tellement que je ne pourrai plus en aimer un autre". Maintenant pour l'amour de moi, je lui demande de revenir sur sa décision. Ce serait un bien piètre tribut à ma mémoire que de ne jamais plus avoir de chien.
Je voudrais tant garder le sentiment que maintenant que j'ai fait partie de la famille il lui est désormais impossible de vivre sans la compagnie du meilleur ami de l'homme ! Je n'ai jamais été exclusive ni jalouse. J'ai toujours soutenu que la plupart de mes congénères sont bons.
Aussi je conseille à ma maîtresse de choisir un autre chien à son goût pour me succéder. Il pourra difficilement être aussi bien élevé, aussi poli aussi distingué et aussi beau que je fus . Mais, je suis sûre qu'il fera de son mieux et que ses défauts inévitables contribueront, par contraste, à perpétuer mon souvenir.
Je lui lègue mon collier, ma laisse, mon lit, mon ensemble de Noël.
Un dernier mot à Anne, et Gilbert qui vivrez sûrement plus vieux que moi. Chaque fois que vous penserez à moi dites-vous avec regret, mais aussi avec bonheur, en vous rappelant ma trop courte vie à vos cotés: "Coca était un être qui nous aimait et que nous aimions". Si profond que soit mon sommeil, je vous entendrai, et tout le pouvoir de la mort n'empêchera pas mon âme de chien d'agiter la queue avec reconnaissance.
Coca, votre chienne fidèle qui veillera toujours sur vous.
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